Une Affaire d’Etat
juillet 28, 2010 by Anne Sinclair
Filed under Tranches de vie
Cette fois, l’affaire vient d’un site internet connu des officiels américains, appelé Wikileaks (www.wikileaks.org). Site créé et géré par le désormais célèbre Julian Assange, un Australien qui affirme, pour défendre son action que "le bon journalisme est controversé de nature".
L'objet de ce scandale historique? Avoir posté en moins d’une journée 91.000 pages de dossiers et rapports classés confidentiels sur l’ Afghanistan!iir Plus de six ans d’archives militaires et gouvernementales (de 2004 à 2009) concernant les directives, les manœuvres et les stratégies suivies par les Américains dans leurs offensives contre les Talibans, mais aussi de comptes-rendus de visites, de discussions et même de suivis entre les autorités américaines, leurs alliées et leurs homologues afghanes et pakistanaises.
D’ailleurs, si, à l’annonce de la mise en ligne de ces documents classés top-secret, la Maison Blanche s’était davantage insurgée contre le procédé lui-même plutôt que contre le contenu, expliquant que de telles révélations pouvaient mettre à mal aussi bien les opérations menées par les soldats américains sur le terrain que leurs relations avec les Etats voisins, les réactions des uns et des autres ont changé à mesure que la presse et les médias, et autres associations civiles, ont commencé à se faire l’écho de certaines informations.
En effet, deux jours après la mise en ligne de documents qui restent, même en libre accès difficilement lisibles, plusieurs points, déchiffrés par les experts et rapportés par les médias, commencent à faire resurgir la polémique, cette fois sur le contenu, et concernant les traditionnelles pierres d’achoppement : les rapports des administration W. Bush et Obama avec le gouvernement afghan, les relations ambigües avec le Pakistan et la stratégie des Américains face aux poches de résistance talibanes.
Ainsi, par exemple, de nombreux rapports révèlent que les efforts de guerre des Etats-Unis et de l’OTAN sont souvent compromis par des partenaires afghans ou pakistanais bien versatiles, voire souvent peu fiables. A cela s’ajoutent des enquêtes sur des liens étroits entre le Pakistan et les Talibans et surtout, plus inquiétant, la possession par les insurgés de missiles sophistiqués.
Alors que le porte-parole de la Maison Blanche insiste au contraire sur le peu d’importance et le manque de signification des éléments exposés par Wikileaks, la presse, comme le NYT hier, juge que même s’il n’y a pas de révélation explosive, certains détails comme un nombre de victimes civiles – volontairement ? - sous-estimé pourraient bien entraver le plan de ralliement de Barack Obama.
En effet, non seulement le retentissement de cette fuite organisée vient ternir, de nouveau, un engagement de plus en plus mal vécu par les citoyens américains (avec, par exemple, la mise en avant, parmi ces documents, d’histoires à sensation, comme des morts provoquées par des soldats aux postes de contrôle épuisés et à bout de nerfs).
Mais cette affaire vient aussi porter un sacré coup d’arrêt à la stratégie de rapprochement et de négociations voulue par l’administration Obama.
De même, la récupération, par les Talibans, de missiles sol-air à guidage infra-rouge, abandonnés par la CIA (qui les aurait installés en Afghanistan dans les années 80, au temps de l’occupation russe) et probablement utilisés pour abattre un hélicoptère américain et tuer 7 soldats en 2007, relancent les interrogations quant à la capacité des forces alliées d’enrayer définitivement ces guérillas des montagnes.
Enfin, hier, alors que Robert Gibbs répétait qu’une telle manœuvre mettait en danger la sécurité des hommes sur le terrain mais pouvait également grandement endommager les relations de confiance, déjà difficile, entre les Américains et leurs partenaires, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Pakistan faisait paraître un communiqué, affirmant que "ces informations étaient biaisés, tirées par les cheveux et évidemment ( of course !) totalement détournées de la réalité". Un peu plus tard, c’était au tour du chef de la diplomatie britannique d’apporter son soutien à la Maison Blanche et d’assurer que "ces documents ne devraient pas porter préjudice à l’effort international".
Aussi, alors que les membres de l’équipe d’Obama multiplient les déclarations pour minimiser l’impact et le contenu de ces révélations, une question demeure à la une de tous les médias : fallait-il publier, en bloc et sans annotation, des documents classés top-secret défense, au risque de compromettre l’action gouvernementale –et internationale - en cours ?


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